Coups de feu à la Jardinerie
Un roman policier écrit par les élèves de Mme Laetitia Jarrod, classe de CE1-CE2, Ecole Paul Langevin, Damparis

Troisième week-end d’octobre, dimanche matin, il n’y a
presque personne à
Je m’appelle Jeanne. J’ai huit ans, mes cheveux sont blond vénitien, mes yeux
sont bleus et je suis bonne en dessin. En plus, j’ai des taches de rousseurs.
Mon frère à neuf ans, il est châtain, il a les yeux verts. Il a une cicatrice
sur l’avant-bras droit car il est bricoleur et il s’est blessé l’année passée
avec une meuleuse.
Nos parents travaillent beaucoup. Voilà comment s’organise notre semaine.
Le mercredi, le plus souvent nous allons chez mamie Denis et papi Georges qui habitent à Damparis, rue des Sapins. Mamie Denis nous donne des bonbons et nous jouons au Monopoli.
Le samedi, quand le camion est passé à la jardinerie, nous aimons être là pour aider à porter les colis et ouvrir les cartons.
Et le dimanche, et bien le dimanche, nous restons soit au lit, soit devant la télé un moment avec un chocolat chaud, puis nous allons ensuite à la jardinerie avec mes parents.

Dans la jardinerie, il y a de la musique douce. C’est ma maman qui met la musique. Les oiseaux chantent. Moi, je vais souvent du côté des fleurs. J’adore sentir les odeurs des jacinthes et des lys. Je hume le parfum des roses. J’aime aussi les couleurs des chrysanthèmes, on en a beaucoup en ce moment pour la fête des morts. Je suis pressée d’être au mois de décembre pour voir où on va mettre les guirlandes.
Mon frère Alexandre, s’amuse à tripoter le terreau. Il adore jouer au pirate avec le perroquet Coco, ou aider Fabrice. De temps en temps, il fait toc toc contre les bocaux pour faire peur aux poissons qui tournent. Dans le rayon des cadeaux, nous aimons renifler les chèvrefeuilles, les savons à la cannelle ou à la vanille, les bougies à l’orange et les bâtons d’encens. Parfois, il prend une sucette. Moi, j’aime le bruit que font les graines dans les sachets.
En fait, ce que nous préférons tous les deux, ce sont quand même les
animaux ! Mon frère s’amuse à caresser les écailles des serpents, moi je
préfère caresser les lapins et les animaux à fourrure. Je me mets souvent sur un
tabouret vers le coin des jouets et de la nourriture pour les animaux et
j’observe les bêtes pendant des heures ! On ne s’ennuie jamais à la
jardinerie de mes parents !

Dehors, c’est l’automne, les feuilles tombent et il commence à faire froid même
s’il y a du soleil. Ce matin, j’ai ressorti mon manteau d’hiver. Soudain, trois
hommes entrent. Je dis :
-Tiens, voilà encore trois clients !
-Peut-être viennent-ils pour acheter des fleurs pour l’anniversaire de leur mère, répond mon frère Alexandre.
Un des clients porte des lunettes, l’autre est maigre, et le troisième est costaud. Ils murmurent et observent l’intérieur de la jardinerie. Coco, notre perroquet multicolore dans une cage vers l’entrée mordille les barreaux comme d’habitude. On l’a eu il y a un an. Ce perroquet à l’habitude de tout répéter. Soudain, Coco se met à crier :
« …Voler animaux ! Voler animaux… »
Les voleurs se sentant découverts, mettent leur cagoule et avancent dans les allées de plus en plus vite. Ils sont maintenant habillés en noir de la tête aux pieds. Ils se séparent. Le grand musclé charge son arme et se dirige rapidement vers les clients et nos parents.
- Ne bougez plus ! Tous à terre ! Donnez nous tout votre argent et tout ce qui est précieux !hurle-t-il.
J’ai la chair de poule, je suis pétrifiée. Ils prennent tous les sous dans la caisse.
Le plus maigre des trois se dirige, lui, vers les animaux à fourrure. Les oiseaux bougent dans tous les sens. Tous les autres animaux s’agitent. Il ouvre un grand sac :
« …Voler animaux ! Voler animaux… » Répète Coco.
Soudain je ferme les yeux et j’entends une voix dans ma tête. C’est la voix du perroquet qui dit :
« Les animaux
sont en danger, les voleurs sont venus pour les tuer, les empailler et les
vendre ! »
C’est magique, c’est incroyable, je peux comprendre les animaux ! Je peux entendre ce qu’ils pensent…
Les rongeurs dans leur cage se mettent à couiner, les oiseaux piaillent. Ils volent dans les tous les sens et perdent des plumes. Ils battent des ailes, affolés. Les poissons se cachent dans les algues. Les serpents sifflent. Les tortues se renferment dans leur carapace. Les lézards rentrent sous les pierres. Le caméléon change aussitôt de couleur pour se camoufler. Je veux prévenir la police, mais le téléphone est trop loin.
Le voleur maigre veut ouvrir les cages. Je cours vers lui. Je dis :
-Ne touchez pas à mes animaux, ou je crie !
Il n’écoute pas. Il ouvre une cage pour prendre les cobayes. J’essaie de l’en empêcher, mais il me bouscule. Je me retrouve contre le mur. Alors je pense très fort dans ma tête :
-Cobaye ! Mords-le…
Le cobaye entend mon message et le mord…
Je me penche vers mon frère et je lui chuchote :
-Tu sais quoi ? Je crois que sais parler aux animaux. Je peux comprendre ce que pensent les animaux, mais je peux aussi leur parler avec mon cerveau !
-C’est incroyable ! Tu crois que tu peux t’en servir contre les voleurs ? demande Alexandre.
-Oui, je crois.
- Alors on va faire un plan ! propose Alexandre.
Je réponds à mon frère :
-Ne t’inquiètes pas, je suis en train de le mettre en action.
Le cambrioleur laisse la cage et va vers celle des oiseaux. Cette fois-ci, il veut prendre la volière. Je pense très fort encore une fois :
-Défendez-vous,
défendez-vous !
Les oiseaux se mettent à piquer les mains de l’homme avec leur bec.
Un lapin se sauve et passe devant un des voleurs. Ầ ce moment, on entend :
-Atchoum !
Je comprends qu’il est allergique.
Alors, je demande à tous les animaux :
-Secouez vos
poils !
Tous les animaux à fourrure obéissent. L’homme n’arrête pas d’éternuer.
D’un seul coup, la lumière s’éteint. Le musclé qui ressemble à un rugbyman,
trébuche et tombe sur un cactus. Il se
pique les fesses. Le cactus fait tomber à son tour une grosse pile de pots de
fleur en terre, cela fait un bruit effrayant ! Il se relève, il a mal,
mais il ouvre grand quand même, un sac en cuir. Il attrape avec ses deux mains
gantées la tête et la queue d’un serpent. Je hurle dans ma tête :
-Défends-toi ! Agis !
Le serpent se tortille, mais n’arrive pas à se libérer. Le voleur le plus musclé de tous ne s’arrête pas là ; il continue à se servir dans le vivarium. Finalement, il parvient à s’emparer de trois reptiles.
Il les met tous dans son sac. Mais surtout, il passe devant Coco, et le prend aussi ! Il le fourre dans un autre sac. J’éprouve beaucoup de tristesse et je pleure. J’entends Coco qui dit dans ma tête :
-On se reverra, on se reverra….
Le voleur qui avait trébuché dans les cactus, se frotte les fesses. Il court pour rattraper les autres qui se sauvent. Tous les voleurs sont presque blessés. Le maigre s’est fait mordre la main, ses doigts enflent, il saigne. Le musclé boite, des épines sont restées coincées entre sa peau et son pantalon. L’homme aux lunettes ne cesse d’éternuer, ses yeux gonflent et deviennent rouges.
Après cet épisode de panique et d’affolement, les trois hommes se rejoignent et parviennent à s’enfuir. L’un en boitant. L’autre en saignant. Et le dernier en éternuant et en se frottant les yeux. Ils sortent de la jardinerie. On les suit.
Ils courent sur le parking de la jardinerie, et au bout de quelques secondes, on les voit entrer dans une camionnette de couleur noire avec des roues rouges. Mais le plus costaud de tous tombe encore une fois en montant dans le véhicule. Il crie :
-Oulalala ! J’ai mal.
Il rampe à quatre pattes et finit par entrer dans le véhicule.
Alexandre me lance :
-Attends, je relève leur numéro de plaque d’immatriculation
et j’essaye de m’en souvenir :
1999PL39
Je dis :
-Alexandre, tu es un génie ! Va vite donner le numéro à papa pour qu’il téléphone à la police.
Les voleurs démarrent et prennent aussitôt la direction de l’usine chimique. Quand soudain j’entends dans ma tête la voix de Coco, notre perroquet prisonnier, qui répète :
-« …au Parc des
Vernaux…au parc des Vernaux…. »
Mon frère revient en courant. Je le préviens.
-Ils se dirigent vers le parc des Vernaux ! C’est là qu’ils vont. Ils ont sans doute leur cachette là-bas.
-On va les rattraper ! dit mon frère. Prenons nos vélos, ne restons pas là plantés comme des piquets.
-L’aventure continue ! dis-je.
Puis nous partons à toute vitesse sur la trace des voleurs.
Dans la jardinerie, mon père prévient la police. L’indice donné par Alexandre semble intéressant pour mener l’enquête.
-Ne touchez à rien ! dit le policier au téléphone. Une de nos équipes se rend sur les lieux, une autre va tenter d’intercepter le véhicule.
Pendant ce temps, dans le parc des Vernaux à Tavaux, dans le
quartier de
-Aidez-nous,
aidez-nous, nous sommes en danger !
En effet, le Parc des Vernaux est un parc animalier. Il y a une mare aux canards, une volière avec des perruches, des pigeons, des pies, des moineaux, des faisans, des paons, des poules, des coqs et des poussins, un espace avec de l’herbe et des arbres, des cerfs, biches, chevreuils, des chèvres, des boucs, des lièvres et un double poney qui s’appelle Cerise. Il y aussi des émeus, des ragondins et toutes sortes d’animaux.
Le double poney dénommé Cerise est très énervé en entendant les appels au secours des autres animaux!
-Hiii, Brrr Brrr, on
va donner des coups de sabots, hop !hop !
Il prend son élan et saute par-dessus le grillage. Les ragondins se mettent en action. Un des rongeurs dit aux autres :
-Crrr Crrr Crrrr,
abacrrons l’arcre. Pic vert, aide-nous !
Le pic vert s’y met.
-Toc, toc, toc. Oh,
Oh, Toc, Toc…
Un arbre finit par tomber sur la clôture. Le pic vert a fragilisé le tronc et les ragondins l’ont complètement rongé. Cerise pousse alors les restes du grillage qui se couche complètement. Les poules, les coqs, les canards sortent de l’enclos. Mais il n’y a pas que les animaux du parc qui ont entendu les appels des animaux volés. Il y a aussi les animaux sauvages ! Plusieurs centaines d’escargots à l’extérieur du parc se regroupent sur la route et mettent au point un plan.
-Beurk, beurk, venez
touch, on va baver sur la route…
Tous les animaux sont maintenant ensemble, dehors. Ils ont l’air agressif et sont bien décidés à détourner les voleurs de leur projet. La camionnette des voleurs apparaît sur la route. Tous les animaux ont l’idée de se mettre devant pour l’arrêter. Mais ce sont les escargots qui commencent. En fait, ils ont bavé sur la route. La camionnette va très vite, et soudain elle se met à glisser sur la bave.
-Qu’est-ce que c’est que ce truc ?
-Ralenti, ralenti ! On dirait une vraie patinoire.
-Pourtant, il n’a pas gelé cette nuit ! Je ne contrôle
plus le volant.
Tout à coup, paf!...un pneu éclate. La camionnette zigzague, mais finalement
elle continue son chemin.
-On a réuchi, ché chuper…dit un escargot et, se tournant vers les autres animaux, il ajoute :
-À chou de
jouer !
Les chèvres se ruent sur la voiture.
-Bê, Bê, Bê…Bênez
tous, on va bonner bes coups be coups de cornes dans le cabot de la voiture.
Le plus costaud des voleurs crie :
-Poussez-vous, sales bêtes !
Et le véhicule parvient à redémarrer.
Tout près de là, dans l’arrière-boutique d’une carrosserie à Damparis, des animaux attendent dans des cages. Ce sont des animaux volés. Ils sont tristes, affamés, certains tremblent de froid. L’endroit est sombre, poussiéreux, ancien, avec une odeur d’essence et de pneus. Un jaguar, à l’écart des autres, semble le plus malheureux de tous. Son milieu naturel lui manque. Soudain, il perçoit le message d’une fillette qui lui dit que des animaux sont en danger et que les voleurs foncent en direction de la sortie de Tavaux. À ce moment le jaguar se rend compte que les voleurs sont sûrement ses ravisseurs et qu’il est temps pour lui d’agir :
-Grrrrr….Grrrr….Le jaguar excité, fort, puissant dégage une force incroyable, terrible et réussit enfin à se libérer de sa cage.
Pendant ce temps, à l’entrée de Damparis, tous les animaux courent, rattrapent le véhicule et parviennent à l’encercler. Les voleurs sont obligés de s’arrêter une fois de plus au milieu de la route. Une dizaine de corbeaux picorent les trois pneus qui restent. Prisonnier dans son sac, Coco dit :
-Vous êtes cuits ! Vous êtes cuits !
-Tais-toi, sale perroquet ! hurle le voleur le plus costaud.
-Calme-toi, lui répond le maigre.
Mais le costaud répond tout énervé :
-Comment je peux me calmer avec tout ce boucan ? Tu peux me dire ?
Soudain, un jaguar bondit sur le capot et rugit de rage.
-Grrrrrr !
Les autres animaux sont impressionnés et étonnés. La camionnette est stoppée définitivement.
On pédale de plus en plus vite, mais Damparis est loin. Au bout d’un moment, mon frère et moi on voit au loin le véhicule des voleurs. Nous arrivons à vélo sur les lieux en même temps que la police. Je dis à mon frère :
-C’est incroyable, regarde, tous les animaux ont entendu mon message depuis la jardinerie, ceux du parc des Vernaux, et même les animaux sauvages de la forêt !
-Tu as raison, c’est vraiment extraordinaire, répond Alexandre. Ils sont tous venus pour nous aider. Je ne croyais pas que tu pouvais parler aux animaux d’aussi loin
Un mois plus tard, nous sommes convoqués à la gendarmerie. C’est un mercredi matin, cela tombe bien ! Mes parents nous accompagnent. Là, un policier nous apprend que les voleurs sont en prison. Il nous raconte leur trafic.
-Les voleurs possédaient une salle à l’arrière de la carrosserie dans laquelle ils enfermaient les animaux avant de les tuer pour les empailler, ou de les vendre vivants à un milliardaire. Ce milliardaire habitait très loin, et pour lui apporter les animaux, ils devaient prendre l’avion. C’est pour cette raison qu’ils s’étaient installés près de l’aéroport de Tavaux.
Alexandre demande à un des policiers :
-Pourquoi ne se sont-ils pas fait arrêter avant ?
Le policier explique :
-Car ils profitaient de leur carrosserie pour prendre des plaques d’immatriculation et les utiliser en les vissant sur leur véhicule.
J’ai envie de leur poser une autre question :
-Où les voleurs ont-ils trouvé le jaguar ?
-Ils l’ont volé dans un cirque il y a un an.
Les policiers nous remercient de les avoir aidés à les arrêter. Ils nous ont
dit que nous avions fait preuve de courage, et cela nous a fait très plaisir.
Que sont devenus les animaux ?
Le jaguar a été rendu à son dresseur. Les animaux du parc des Vernaux sont retournés dans leur parc mais ils m’ont demandé de parler au propriétaire du parc animalier. Ils auraient aimé qu’il construise dans le parc une porte pour qu’ils puissent sortir quand ils en avaient envie. Les animaux sauvages sont repartis dans leur forêt. Et nous, mon frère, mes parents et moi, nous avons fait des réparations dans la jardinerie grâce à l’assurance.
Au moment des retrouvailles avec Coco ( que nous avions finalement décidé de garder pour nous avertir au cas où un jour il y ait un nouveau cambriolage) , le perroquet se mit à chantonner :
-Je vous avais bien dit qu’on se reverrait. Je vous avais bien dit…