RETOUR fiche roman

 

 

passage 1

Embusqué derrière un monticule de gravats, Manuel clignait des yeux. A quelques mètres

de lui, une forme humaine venait de sortir du tunnel de cartons humides dans lequel s’était

réfugié l’animal.

Il ne fut pas trop surpris de voir un enfant.

Manuel se tapit un peu plus, retrouvant les réflexes de camouflage des Indiens. Non loin

de lui, une petite main aux ongles démesurément longs se posa sur la fourrure tachetée. Le

policier tendit l’oreille.

– Tout doux, tout doux, susurrait la voix fluette.

L’enfant glissa lentement son index entre les mâchoires fines de l’ocelot qui peu à peu se

desserrèrent.

– Allez, donne.

Le petit fauve obéit.

Il ouvrit la gueule et lâcha sa proie, une corneille agonisante. Le petit homme l’attrapa par

ses ailes brisées. Puis tout en murmurant « hekura 1, hekura, viens à moi », il appuya sur le coeur

du volatile qui cessa aussitôt de battre.

Manuel toujours caché, frémit comme s’il était lui-même la victime. L’ocelot attendait sa

part. Ce n’était pas facile de tuer. Pas facile de s’approprier l’esprit d’un oiseau en mangeant sa

chair. Aussi, à chaque fois, l’enfant priait-il les esprits.

Après ce repas frugal, Yomi fut prêt à poursuivre la mission qu’il avait entreprise.

– Attends-moi ici ! ordonna-t-il au félin. Et surtout ne bouge pas avant mon retour. J’ai

quelque chose de très important à faire.

 

passage 2

Enfin le bois craqua. La caisse éventrée vomit de la paille. Des perroquets morts roulèrent

sur le sol. D’autres, qui avaient eu plus de chance, s’envolèrent en nuées multicolores.

Un bruit de bottes. Quelqu'un venait par là. L'enfant finit de casser la dernière planche.

Un homme cria :

– Eh ! Petit ! Qu'est-ce que tu fais, là ?

L’enfant lui fila entre les jambes et s'enfuit à toute vitesse en se dirigeant vers les quais.

– Arrêtez-le ! Arrêtez-le ! hurla le docker à l’intention du policier en uniforme qui venait

d'arriver.

Déjà, Yomi se faufilait entre deux montagnes de billes de bois. Il se figea durant quelques

secondes, le dos contre l’écorce rouge, guettant le moindre bruit Les autres le cherchaient

partout : derrière de gigantesques cuves de mazout, sous l’armature des jetées, même au centre

des cordages enroulés en cylindres de plusieurs mètres de haut. Une sirène mugit, et la plainte

ricocha sur l’acier des fûts d’huile.

L’enfant se boucha les oreilles, et se fit petit, tout petit.

Lorsque, au bout de quelques minutes, on le découvrit, il bondit au risque de se blesser.

Sautant de tronc en tronc, il parvint au sommet de la pyramide de bois. Les ouvriers le

regardèrent effarés. Manuel hurla :

– Non !

 

passage 3

Josh coupa Burton. D’une traite il finit par avouer :

– Il a insisté pour rester sur les lieux afin d’en savoir plus.

– Une enquête en solo ! Je vois !

Il leva les yeux au ciel.

Alors que Josh attendait, tête baissée, la sentence, le capitaine sourit.

– Vous les jeunes, on voit que vous n’avez encore rien vu. Un gros chat dans la nature et

un gosse qui fait l’école buissonnière et c’est tout de suite la panique !

Le jeune policier osa enfin lever les yeux.

– Eh bien ! Puisque ça vous amuse, allez, filez ! Courez attraper ces bestioles, mettez-les

moi hors d'état de nuire, et qu’on n’en parle plus. Ça calmera le District Attorney !

Josh se détendit, et reprit des couleurs tandis que Burton rejoignait son bureau dans une

cage de verre aux vitres doublées de stores métalliques.

– Comme si je n’avais que ça à faire, l’entendit-on marmonner.

 

chapitre 4

mer d’ordures dont les crêtes peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres.

On trouve de tout sur ces plages désolées. De vieux sommiers, tels des radeaux échoués.

Des poupées désarticulées, des figures de proue séparées des épaves. Des baraques de bric et de

broc abritant des clochards, les naufragés.

– Tu le vois, Josh ? Là-bas. Tu ne vas pas prétendre que c’est un chat ?

Manuel pointa son index sur un petit félin couleur ocre. Des taches rondes et noires,

formant des cercles sur sa fourrure, le rendaient plus difficile à détecter.

L’animal se faufila dans un tunnel de cartons et de tôles. Seuls ses petits yeux dorés

brillaient dans la pénombre, comme une paire de joyaux.

Josh devait en convenir. Ce n’était ni un chat, ni un chien : c’était beaucoup plus gros.

– C’est une... Une panthère ? chuchota le policier en avalant sa salive.

 

 

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